“On ne nous dit pas tout” : une autre lecture de la réalité

Suite à la vidéo des singes détenus dans le sous-sol d’un hôpital que nous avons dévoilée jeudi 05/01/17, et que nous vous invitons à voir avant de lire cet article, nous constatons le silence de l’établissement concerné et de l’AP-HP, pourtant interpellés par les médias à de nombreuses reprises.

L’article du Progrès paru le 7/01/17 se base donc, comme tout acteur souhaitant avoir des informations officielles, sur l’enquête statistique 2014 du ministère de la recherche pour cerner la réalité de l’expérimentation animale. C’est en effet le seul document chiffré officiel récent à disposition de tout citoyen.

Mais ce document met sciemment en avant des éléments qui se veulent rassurants et tend à en évacuer d’autres, pourtant édifiants. Décryptage et autre lecture.

Déroulé de la rhétorique pro-expérimentation à l’usage du grand public. 

1/ Rassurer le grand public sur les buts des expériences

« Dans les faits, ils [les animaux] sont surtout utilisés dans la production et le contrôle des médicaments (52 %) » explique l’article en se basant sur le rapport.

  • Ces 52% correspondent à une nouvelle catégorie d’objet des expériences, par rapport au rapport de l’UE de 2011. Cette catégorie « objet C » est créée à partir de différents domaines d’expériences qui se veulent éminemment rassurants pour le grand public :

« La mise au point, la production ou les essais de qualité, d’efficacité et d’innocuité de médicaments à usage humain ou vétérinaire, d’aliments pour animaux et d’autres substances ou produits », explique le rapport.

À la lecture de cette liste, la plupart d’entre vous pensera probablement et à juste titre : rien de grave, rien de si terrible, une finalité nécessaire pour l’homme et, qui plus est, même pour le bien-être animal. Pourquoi avoir tenu à insister sur l’usage « vétérinaire » ou les « aliments pour animaux », alors que cette liste d’objectifs des expériences est loin d’être exhaustive, si ce n’est pour montrer que les expériences sont faites aussi pour le « bien-être animal » ?

C’est en effet ce que met en avant le rapport, avec par exemple une autre catégorie d’expériences dont le but est : « le bien-être des animaux et l’amélioration des conditions de production des animaux élevées à des fins agronomiques ». Avez-vous une idée claire de ce que cette phrase signifie ? Si oui, bravo. Sinon, nous vous invitons, entre autres, à découvrir le sort des « vaches hublot ».

  • Pourquoi ne pas plutôt décrire le type d’expériences que recouvre cette catégorie ? Vous êtes-vous seulement posé la question ? Savez-vous par exemple ce que sont les expériences joliment nommées « essais  d’innocuité » ? Connaissez-vous la réalité et la souffrance des expériences d’irritation cutanée ou oculaires ? C’est pourtant de cela qu’il s’agit, même si c’est écrit nulle part. Pourquoi ne pas remplacer les graphiques polis de ce rapport par quelques images, par exemple. Pour que chacun sache ce que les mots employés recouvrent.

2/ Minorer la place des primates

« Dans les faits, ils sont surtout utilisés dans la production et le contrôle des « les primates ne représentent que 0,006% des animaux ».

  • On pourrait presque nous reprocher de faire beaucoup de bruit pour seulement 0,006% des animaux de laboratoire ?

Il s’agit pourtant, selon le même rapport, de 1 103 singes. Vous en avez vu une trentaine dans la vidéo du sous-sol de l’hôpital parisien. Il y en donc 1070 ailleurs.

  • Parmi les singes : des singes écureuils, des vervets, des prosimiens, des macaques crabiers. Connaissez-vous seulement ces animaux ? Voyez-vous à quoi ils ressemblent ? Leurs capacités, leurs besoins vitaux, leur vie sociale, leur contexte naturel, par exemple ?

Il y a aussi 149 babouins : nous aimerions savoir où ils sont détenus et dans quels buts.

Vous comprendrez donc que dire « les primates ne représentent que 0,006% des animaux » nous paraît terriblement en deçà de la réalité dont il s’agit, c’est-à-dire plus d’un millier de singes détenus en France, à vie, pour servir à des expériences.

 

3/ Sévérité des expériences

« Les laboratoires sont tenus de respecter les principes de remplacement (par une méthode ne nécessitant pas d’animaux), de réduction (par la diminution du nombre d’animaux au strict minimum) et de raffinement (par le choix des méthodes les plus douces). »

  • C’est juste. C’est ce qu’on appelle les 3R (Raffiner, réduire, remplacer). À la lecture de ces lignes, n’êtes-vous donc pas rassurés ? Pourtant, nous souhaitons attirer votre attention sur un pan entier du rapport qui n’est que trop rarement abordé : la sévérité des expériences. Légère, modérée, sévère ou sans réveil.

Alors qu’ils subissent des intoxications au gaz neurotoxique (le MPTP), souffrent de douleurs aigües et chroniques, sont à la “limite de mourir” (cf vidéo), subissent la trépanation, la souffrance des macaques rhésus que vous voyez dans notre vidéo est classée comme étant « modérée ». 

Nous vous laissons imaginer ce que sont les expériences « sévères » qu’ont subi plus de 120 000 souris, 3 700 poissons zèbres, 152 chiens ou… 6 babouins. Nous aimerions en savoir plus et invitons tous les chercheurs qui consulteront cet article à nous le faire savoir.

Sachez aussi que 46 prosimiens ont subi des expériences « sans réveil ».

  • Mais rassurez-vous, le rapport mentionne que « la sévérité des procédures est définie réglementairement ». L’encadrement d’une souffrance aigue, chronique, entrainant parfois la mort, est donc bien encadrée. Quand bien même cela serait le cas, et permettez-nous d’en douter au vu des images que nous vous invitons à regarder, la légalité d’une telle souffrance nous interpelle encore plus et nous incite à fortement faire évoluer celle-ci. Qu’en pensez-vous ?

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4/ Les animaux de laboratoire sont nés en captivité et viennent de l’UE

« Ils proviennent d’élevages spécifiques. En France, les animaux utilisés sont essentiellement nés dans l’Union européenne (97,2 %). »

  • Outre le fait que venir d’un élevage ne change en rien la cruauté subie par les animaux, cette information rend même le projet encore plus cynique puisqu’il s’agit de créer délibérément des animaux destinés à une vie de souffrance, c’est aussi rendre celle-ci lucrative pour plusieurs acteurs privés : les élevages d’animaux de laboratoire ou les transporteurs.
  • Quant à leur provenance de l’Union Européenne : en quoi cela change-t-il le sort qui les attend ?
  • Mais il se trouve que selon le rapport, justement, tous les singes actuellement utilisés en France par les laboratoires sont nés dans le reste du monde. C’est justement pour cela que des entités comme le centre de primatologie de Niederhausbergen existent : pour faire de l’import / export de primates en provenance de l’étranger avant de les envoyer dans les laboratoires. Une activité dont l’ampleur du caractère lucratif, comme ses laboratoires clients, ne sont pour l’instant pas clairs. CQFD.

Nous nous interrogeons légitimement sur l’encadrement légal et le respect du “bien-être animal” dans les laboratoires, comme le souligne le GIRCOR, et venons de publier une deuxième vidéo ce lundi 9/01/2017.

Reportage 66 minutes sur l’expérimentation animale

VOIR LE REPORTAGE

Suite à la parution du livre “Profession : animal de laboratoire” (éditions Autrement) et aux images diffusées par Animal Testing avec Peta France, M6 a consacré un sujet sur l’expérimentation animale. Les images des chiens de laboratoire, dont les expériences sont financées par l’AFM Téléthon, en font partie. Mais aussi l’élevage de primates de Niederhausbergen et sa dénonciation par toutes les associations de protection animale.

Nous vous invitons à découvrir ce sujet de 13 minutes dans l’émission 66 Minutes, diffusé le 4 décembre 2016, alors que le Téléthon touchait à sa fin. Un coup de projecteur unique sur la souffrance de ces animaux invisibles.

Ni l’AFM-Téléthon, ni le laboratoire concerné, ni France Télévisions n’ont souhaité répondre aux médias, pourtant nombreux, qui les ont sollicités à ce sujet.

Ce silence, face à l’écho massif en France et à l’étranger de nos révélations, nous confirme que le tabou est encore lourd au sujet des expériences sur les animaux. Et encore plus lorsqu’il s’agit de solliciter le grand public pour sa générosité.

Lève-toi et marche

L’actualité scientifique nous informe des progrès spectaculaires de la recherche quant à la possibilité de faire remarcher des paraplégiques, avec toute la connotation messianique et les espoirs pour les malades qu’une telle démarche peut susciter.

La presse scientifique a relayé ces jours-ci les résultats de deux équipes : celle de Grégoire Courtine, au Swiss Federal Institute of Technology Lausanne (EPFL), et celle du docteur Erwan Bézard, directeur de l’Institut des maladies neurodégénératives (IMN) à Bordeaux.

Les expériences menées par l’EPFL sur les macaques ont lieu dans un laboratoire privé à Pékin et sont conduites par un consortium scientifique international, fédéré par le NeuWalk Project (UE). Ce projet a été lancé en juin 2010 et bénéficie d’un soutien de 9 millions d’euros, dans le cadre du EU Seventh Framework Programme for Research and Technological Development.

Animal Testing s’interroge légitimement sur les conditions des animaux utilisés : leur souffrance, leur paralysie, et les expériences à venir dans ce cadre.

Alors que les médias se sont focalisés sur l’espoir que ces recherches constituaient pour les paraplégiques, la condition des animaux n’a jamais été évoquée. Penser qu’il s’agit d’un oubli malencontreux serait naïf. L’on peut imaginer, face à l’évocation de cette souffrance animale, que la réponse unanime des chercheurs, voire des médias et du grand public, serait l’imparable question : “comment osez-vous parler de souffrance animale dans un tel contexte d’espoir pour les malades ?”, empêchant évidemment tout débat.

Notre association répond par d’autres questions : vous, comment osez-vous instrumentaliser à ce point des êtres vivants, sensibles et vulnérables ? Et si tel est le cas, pourquoi le taire et ne jamais évoquer le coût moral et la souffrance que de telles recherches engendre ?

Enfin, connaissez-vous les méthodes alternatives développées, par exemple, par l’entreprise japonaise Cyberdyne, qui utilise non pas des animaux mais des méthodes bien plus modernes : les robots (voir le reportage “Nos collègues, les robots“, seconde vidéo ci-dessous, à 50’56”).

Il ne s’agit pas de s’opposer au progrès, ni à la recherche, mais de poser les questions passées sous silence, au même titre que les voix de ces animaux.

 

Sources : NatureReuters, Le Temps, NeuWalk.

 

Construction d’un centre d’expérimentation animale près de Nancy

Un centre d’expérimentation animale est actuellement en construction à Brabois, près de Nancy.

Qui le finance ? Pourquoi ? Quelles expériences y seront menées ? Dans quels buts ? Quelles espèces utilisées ? Pourquoi ce centre ?

Autant de questions qui n’ont pas reçues pour l’instant de réponses claires pour notre association.

Une pétition, soutenue par des élus de la ville de Vandoeuvre-lès-Nancy, est actuellement lancée pour refuser ce projet et faire de ce bâtiment autre chose qu’un centre de souffrance pour les animaux : nous vous invitons à la lire et la signer ici.

Avec André Ménache, le directeur scientifique d’Antidote Europe, nous avons proposé une double conférence le 2 novembre pour présenter nos points de vue respectifs quant à l’expérimentation animale, et les questionnements scientifiques et éthiques que cette pratique suscite.

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Article de l’Est Républicain, paru le 28/09/2016